JAMES BROWN

R.I.P.  3 mai 1928 (ou 1933) / 25 décembre 2006



the Funky Soul story - James Brown 01

 

Mister Dynamite, The Hardest Working Man In Show Business,

Soul Brother Number One, The Godfather Of Soul... 

 

Ses nombreux surnoms sont assez évocateurs. Beaucoup pour un seul homme qui surfa sur plusieurs décennies, sur plusieurs publics, sur plusieurs Amériques.

 

Alors que Ray Charles s'éloigne de la soul et que le chanteur Sam Cooke commence à donner des galas pour gogos du côté de Las Vegas, James Brown est sans cesse proche des préoccupations de monsieur Tout-le-Monde.

 

Le James Brown funk, c'est le James Brown qui ne se contente pas du langage R&B et surtout soul des sixties. La soul, ce médium positif, n'a pas coupé le cordon avec le gospel, et tente d'allier sophistication des arrangements et pop music (au vrai sens de musique populaire). Et contrairement à un Nat King Cole, James Brown n'aspire pas à rentrer dans une case façonnée par les Blancs. À son apogée, l'écrivain contestataire noir LeRoi Jones écrira: "James Brown est notre poète noir n°1."

 

Mais avant d'être auréolé d'une telle gloire, James Brown ne pouvait échapper au conte de fées typiquement yankee: l'histoire improbable d'un moins que rien langé dans les caniveaux des bleds pouilleux du sud de l'Amérique qui se termine sur des affiches placardées en lettres de feu dans les plus grandes salles de concert du territoire.


the Funky Soul story - James Brown 02

 

PLEASE, PLEASE, PLEASE

 

Qu'il soit né le 3 mai 1928 ou (plus vraisemblablement) 1933 à Barnwell, un trou de Caroline du Sud à soixante-quinze kilomètres à l'est d'Augusta, une chose est certaine : la misère dans laquelle James Brown a vu le jour était bel et bien noire.

 

La cavalcade des banalités qui constitua sa jeunesse semblait elle aussi sans issue : éducation dans le caniveau ou au boxon du coin (sa tante est la tenancière du palais en question), petits boulots au potentiel limité (cireur de pompes, laveur de voitures, ouvrier de champs de coton) pour finir entre 1949 et 1952 par un séjour en prison...

Libéré sur parole, James fréquente la famille d'un certain Bobby Byrd dans une chorale gospel. D'entrée, les facultés du jeune homme à dompter un groupe, une scène et un public ne font aucun doute. Dans des formations de reprises (5 Royales, Midnighters, Spaniels, Clovers), James Brown se prend déjà pour Roy Brown, l'homme de "Good Rockin' Tonight", et vénère Louis Jordan ou Wynonie Hannis. Bobby Byrd avouera plus tard que James est déjà la star de ces groupes anonymes.

 

Les choses s'accélèrent quand la formation devient les Flames. En 1955, ils font la première partie des concerts du délirant Little Richard, qui vient de signer son premier grand succès, l'énorme standard "Tutti Frutti". Les folies scéniques du rocker noir, et ses exubérances vocales, inspirent un James Brown déjà spectaculaire et charismatique. Signé en janvier 1956 sur le label King Records (plus précisément sur sa division Federal Records), James Brown enregistre "Please Please Please", vieux blues jusqu'ici immortalisé par la version des Onioles ("Baby Please Don't Go") et décroche une cinquième place dans les charts R&B.

Si la poignée de singles qui suit ne lui permet pas encore de décrocher la lune, il commence à faire parler de lui. La même année, il rencontre Joe Tex, une autre figure de l'écurie King à qui il piquera le fameux truc du pied de micro jeté au sol et rattrapé d'un coup de poignet.

 

Please, Please, Please

 

The Onioles - Baby Please Don't Go

 

En avril 1957, les Flames ont beau se séparer, James Brown sent que le succès est imminent. En 1958, "Try Me" (enregistré avec son vieux complice Bobby Byrd) grimpe à la première place des charts R&B, mais fait surtout une entrée remarquée à la quarante-huitième place des charts pop. Le système du classement des ventes de disques outre-Atlantique est un indice primordial dans l'histoire de la musique populaire. L'Amérique classe en effet ses disques en plusieurs catégories qu'il est aisé de schématiser pour ce qui nous concerne en charts R&B (public noir) et charts pop (public blanc). Aussi, les classements seront toujours les indicateurs fiables de la percée d'un artiste auprès d'une communauté.

 

Try Me

 

Grâce à leur premier succès, James Brown et Bobby Byrd peuvent enfin tourner avec leur propre groupe, les Famous Flames. Les Flames sont désormais célèbres. Mais James n'a pas encore le droit de mettre le feu comme il l'entend. Syd Nathan, patron de King Records, ne l'autorise pas à enregistrer avec les musiciens de son choix. Sans prévenir son patron, James Brown embarque alors sa troupe vers Miami pour mettre en boîte sa version de "(Do The) Mashed Potatoes" qui sort en 1960 sur le microscopique label Dade sous le nom du  batteur de James : Nat Kendnick & the Swans. Un tournant. 

 

(Do The) Mashed Potatoes

 

Tout est déjà là ou presque: les cris de bête, les rythmes syncopés, la section rythmique qui soutient tout l'édifice, la structure justement sans structure d'un thème sans fin. Le style James Brown est né et son influence va être énorme. En octobre 1962, James Brown donne un concert sauvage, devenu mythique, à l'Apollo Theater de Harlem. James Brown est en train d'entrer dans la légende.

 

Ce succès ne motive pourtant pas Syd Nathan à sortir l'enregistrement du show de l'Apollo. Ce n'est qu'après le triomphe de "Prisoner Of Love" dans les charts pop que ce live historique sort enfin dans les bacs. Et ce disque ressemble à un ovni, loin du son formaté pour la jeunesse américaine de l'écurie Tamla Motown ou de la soul sudiste.

James Brown est sauvage comme le "Tutti Frutti" de Little Richard, le "Twist & Shout" des Isley Brothers ou le "Do You Love Me" des Contours.

Bête de concert jonglant avec des effets en tout genre, James Brown est inégalable lorsqu'il s'empare d'une scène. Transes, cris, chutes, sauts et grands écarts, côté gymnastique. Costumes de milord, cape en soie et peignoir en éponge, côté chiffon. Le succès prend alors une telle ampleur qu'on peut parler de machine : fringues, séances d'autographes, tournées marathon... 

James Brown devient l'idole d'une nouvelle génération.

 

Prisoner Of Love

 

the Funky Soul sotry - James Brown 04

 

MISSION APOLLO

 

Loin d'avoir la tête tournée par ce succès, James Brown s'intéresse de plus en plus à ses créations, conscient de son potentiel et de l'attention qui lui est portée. Il ouvre également les yeux sur ce qui se passe autour de lui, au-delà des studios enfumés et des salles de concert affichant complet.

Il sait que le 28 août 1963, les Noirs marchent sur Washington pour réclamer les mêmes droits que les Blancs (c'est au terme de cette fameuse marche que le pasteur Martin Luther King prononcera son plus célèbre discours: "I have a dream..."), et que de l'autre côté du pays, à Oakldand, les Black Panthers, est en train de s'organiser. Il sait surtout qu'il est noir, que son public est majoritairement noir et sa musique se fait rare sur les radios blanches. 

 

Avec l'album Live At The Apollo, les choses changent légèrement: le disque entre dans les charts pop en juin 1963 pour y rester quatorze mois!

Parallèlement à tout ce bouillonnement musical, les relations entre James Brown et le label King sont plus que conflictuelles, pour de sombres histoires de droits. A l'automne 1963, le chanteur crée sa propre compagnie, Fair Deal Productions, et livre ses singles à Smash Records, une division de l'écurie Mercury. Il est alors la tête d'affiche d'une tournée pourtant estampillée Tamla Motown avec Marvin Gaye, les Drifters, Martha & the Vandellas, Jimmy Reed, Inez Foxx, les Crystals, Doris Troy, Ruby & the Romantics et Major Lance.

 

Musicalement, le travail de James change l'année suivante avec l'arrivée du saxophoniste Nat Jones à la direction musicale et des frères Parker, Maceo au saxophone et Melvin à la batterie. De légères mutations vont commencer à transformer le son James Brown. 

 

"Out Of Sight" en est un témoignage: les rythmes s'entrelacent et les riffs de cuivres imposent leurs différences. La guitare de Jimmy "Chank" Nolen, travaillant son canevas sur une note simple, sera elle aussi une signature. La Gibson de Nolen brillera pour la première fois sur "Papa's Got A Brand New Bag", avant d'influencer d'autres diplômés de funk comme Catfish Collins (le frère de Bootsy Collins, futur héros de l'aventure Funkadelic), Nile Rodgers de Chic et Prince.

 

Out Of Sight

 

Papa's Got A Brand New Bag (part. 1 & 2)

 

L'année 1965 commence par ce chef-d’œuvre, "Papa's Got A Brand New Bag", où le motif funk s'affine. Tout est dans le rythme joué par la guitare, les cuivres, la batterie et la voix de James. La structure traditionnelle de la chanson est pulvérisée! La basse fait office de batterie. Chaque instrument est une ponctuation à part entière. Un coup de poing de saxo par-ci, une beigne de batterie par-là, et le riff syncopé de Jimmy Nolen en guise de cerise sur le gâteau. Le sac de papa est vraiment neuf!

Et le train james-brownien d'embarquer de nouveaux passagers. Le trompettiste Waymon Reed, le saxophoniste Pee Wee Elis, le guitariste Alphonso 'Country' Kellum et les batteurs John 'Jabo' Starks et Clyde Stubblefield. 

 

En studio ou sur les routes, James Brown s'entoure toujours de deux ou trois batteurs. A cet égard, Alan Leeds (complice de Prince, responsable de ses studios Paisey Park et grand spécialiste de James Brown) est intarissable sur les prestations live du Godfather et ses manies aux allures de codes sophistiqués. Ancien DJ à WANT, une influente station de radio de Richmond, Leeds rencontre James en juillet 1965, devient son agent en 1969 et son tour manager entre 1970 et 1973. D'après lui: chaque geste sur scène était une consigne. La main comme ceci égale tel changement de rythme, le mouvement de jambe comme cela impliquait un rimshot ou un kick. "Marque le tempo ici !" "Casse le rythme là !" Et si le musicien foirait, James l'alignait en lui collant une véritable amende sur son cachet. 

 

Pour le musicien Fred Wesley, qui l'a longtemps accompagné, le message est clair: "Règle n°1 pour bosser avec James Brown: regarder James Brown".

 

the Funky Soul story - James Brown 03

 

LE NOIR LE PLUS IMPORTANT D'AMERIQUE

 

La fin des années 1960 éloigne à grands pas l'optimisme porté par la soul music. La Tamla Motown avait su créer, façonner et sculpter la musique de cette Amérique sixties souriante où il est de bon ton de chanter des love songs en boucle. Le public noir est rassasié de cette vision idyllique à laquelle il ne croit plus une seule seconde et réclame un son nouveau, nettement plus agressif, bien plus rythmique. Des notes en phase avec la nouvelle réalité sociale. Une musique noire pour un public noir. James Brown va lui apporter cette bombe funk tant désirée. Si, pour les extrémistes, James fréquente trop l'homme blanc, le public noir s'en tape! James is black and he's proud. Ses prises de positions, ses rencontres lui suffisent pour faire passer un message. Le sien. Il serre des mains blanches, mange à la table des Blancs (il est invité à la Maison-Blanche le 8 mai 1968 par le président Johnson) mais ne sera jamais l'Oncle Tom de service. L'énigme et la force du bonhomme résident en partie dans cette indépendance qui le fait gagner sur les deux tableaux: ni Black Panther, ni Oncle Tom! Une autonomie possible grâce au succès et à la richesse du Godfather. 

 

Maison de disques, chaîne de restos (James Brown's Gold Platter), stations de radio (deux en 1968 : WJBE à Knoxville dans le Tennessee et WRDW à Augusta en Géorgie), James Brown est devenu une entreprise à lui seul et il ne cache pas ce capitalisme de façade. Au contraire. Fierté noire, être un exemple, pousser les autres Noirs à en faire autant : il est une voix, une entreprise, un modèle. Son aura est telle que le soir de la mort de Martin Luther King, le 4 avril 1968, il retransmet en direct sur WGBH, station de radio dont il est propriétaire, son concert du Boston Garden, histoire d'apaiser les esprits encore sous le choc de l'assassinat. Quelques mois plus tard, Thomas Barry écrira même dans Look Magazine la célèbre phrase : "James Brown est-il le Noir le plus important d'Amérique ?"

La bombe funk arrive en mai 1967 avec le morceau "Cold Sweat" qui révolutionne les fondations rythmiques de la soul.

 

Les cuivres, qui jouaient jusqu'ici la mélodie, servent maintenant à accentuer le beat, faisant presque office de chœurs! On peut carrément les entendre chanter "Cold Sweat". Les changements d'accords se cherchent à la loupe. Les instruments se renvoient la balle, d'où l'envie de danser, d'entrer dans ce flot rythmique. "Cold Sweat" fut l'un des premiers projets sur lesquels Pee Wee Ellis travailla en tant qu'arrangeur. C'est aussi le lieu où le batteur Clyde Stubblefield placera son druming magique sur sa grosse batterie Vox. La plupart des idées des chansons de James Brown ne naissaient guère en studio mais principalement dans le bus des tournées. Le funk, c'est aussi cette musique de groupe, cette jam qui ne peut être l’œuvre d'un seul homme. Une jam extensible. Extensible comme "Cold Sweat". Fini les bons vieux singles à papa! Cet été 1967, tout le monde veut s'offrir la version intégrale de sept minutes seulement disponible sur l'album. Pulsation précise et simple entremêlée d'un rythme syncope, invitation à la danse: alors que le public plonge corps et âme dans l'orgie de groove, les critiques boudent ce beat trop répétitif à leur goût.

 

Cold Sweat (part 1 & 2)

 

the Funky Soul story - James Brown 05

 

SAY IT LOUD - I'M BLACK AND I'M PROUD

 

À cette époque, James Brown commence à réagir davantage comme un musicien que comme un chanteur. Cette synergie entre lui et ses musiciens donnera naissance au funk moderne. A partir de "Cold Sweat", il s'empare du concept de groove. La polyrythmie est son nouveau cheval de bataille. Et le premier temps, le fameux one, devient le cœur du funk. La règle est gravée en lettres d'or: le temps fort c'est le 1 dans 1, 2, 3, 4. Point final.

 

La musique et les événements politiques sont indissociables. L'hymne "Say It Loud - I'm Black And I'm Proud" ne pouvait naître qu'en 1968, l'année de la mort de Martin Luther King. L'année même où le conflit vietnamien prend une nouvelle dimension.

"Say It Loud - I'm Black And I'm Proud" est aussi un inéluctable prolongement aux émeutes de Watts d'avril 1965, où la police repousse violemment des manifestants noirs. Aux quatre coins des États-Unis, le funk prend de l'ampleur et James Brown ne joue pas seul dans son bac à sable. Dans les bureaux du label Tamla Motown, bien que l'on se soit réveillé un peu tard, on mise tout sur Norman Whitfield. Sur la côte Ouest, les neurones encore cramés par le psychédélisme baba, on savoure les nouvelles expériences du jeune Sly Stone et de sa Family. Ailleurs, les Isley Brothers nouvelle mouture, Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Marvin Gaye et quelques autres vétérans de la soul et du R&B se penchent chacun à leur manière sur cette drogue baptisée groove.

 

Say It Loud - I'm Black And I'm Proud (part 1 & 2)

 

À la fin de 1969, le Godfather ressemble plus à un dictateur qu'à un parrain. S'il a toujours tenu son business avec une main de fer, le despotisme de James Brown est devenu tel que les dissensions avec ses musiciens atteignent des sommets. La légende a conservé le fameux ultimatum de mars 1970 posé à James Brown par ses musiciens, lassés des tournées marathon et des paies chaotiques. Tous menacent de déposer les armes. Et James Brown ne discute pas : il envoie Bobby Byrd dans son jet noir (un Lear de plus de 700 000 dollars) recruter de nouveaux talents.

 

C'est de Cincinnati que débarquent alors des membres d'un groupe peu connu, les Pacesetters. Le bassiste Bootsy Collins, son frère le guitariste Phelps 'Catfish' à la guitare et le clavier Bernie Worreil font leur entrée dans la formation. Du coup, Maceo et Melvin Parker, Jimmy Nolen, 'Country' Kellum et trois autres musiciens démissionnent! Seuls le fidèle Bobby Byrd, la choriste Vicki Anderson et 'Jabo' Starcks restent avec leur bon maître.

Le 25 avril 1970, tout ce beau monde entre en studio sous le nom des J.B.'s.

Et en un an, le testament de James Brown va s'enrichir de "Sex Machine", "Super Bad", "Talkin' Loud & Sayin' Nothing", "Get Up", "Get Into It And Get Involved" et "Soul Power".

 

Super Bad (part. 1 & 2)

 

Talkin' Loud & Sayin' Nothing

 

Get Up, Get Into It And Get Involved (part. 1 & 2)

 

Soul Power (part. 1 & 2)

 

La recette du nouveau groupe de James Brown consiste souvent à relooker de vieux titres. "Give It Up Or Turn It A Loose" deviendra ainsi le fameux "Sex Machine". Écrasé par la personnalité de son frère Bootsy, Catfish fait dialoguer comme personne sa guitare avec les cuivres. Un dialogue rythme contre rythme. Car tout est rythmique dans "Sex Machine" : les cuivres, la voix, la guitare, les claviers, les chœurs, les cris. Le concept de la chanson avec intro, couplet, refrain est une fois de plus anéanti.

 

Give It Up Or Turn It A Loose (live)

 

Get Up (I Feel Like Being A) Sex Machine

 

Les frangins Collins sont non seulement deux fans de James Brown, mais aussi des musiciens qui l'entourent. La situation n'est pas très facile pour ces jeunes recrues à qui James offre la place de leurs idoles. Mais l'occasion d'intégrer aussi rapidement cette formidable machine motive le bassiste et le guitariste de Cincinnati. De son côté, James Brown comprend très vite tout ce que ces musiciens vont lui apporter. Bootsy va ainsi livrer sur un plateau d'argent sa nouvelle conception de la basse. Véritable nouvelle attraction des J.B.'s, ce grand échalas fait preuve d'une incroyable vitalité, qui va rapidement déteindre sur l'ensemble du groupe.

 

Le rêve juvénile ne durera pourtant qu'un an. Basant tout sur sa rythmique, James Brown délaisse sa section de cuivres, qui perd en puissance et en inventivité. La vieille garde, pas rancunière pour deux sous d'avoir été virée, fait son comeback: St. Clair Pinckney, Clyde Stubblefield et le tromboniste Fred Wesley rentrent au bercail. Les jeunes, lassés après quelques mois seulement passés dans le groupe de James Brown (de plus en plus pénible), vont s'amuser ailleurs. Ce passage éclair des frères Collins s'achèvera par une tournée européenne début 1971.

Love, Power, Peace est un des rares témoignages de cette bourrasque, un album mythique enregistré à Paris à l'Olympia le 8 mars. A peine de retour aux États-Unis, Bootsy et Catfish quittent James. Prochaine destination: l'espace, à bord du vaisseau piloté par un certain George Clinton...

 

the Funky Soul story - James Brown 06

 

FUNK MACHINE

 

En cette première partie des seventies, les albums (et non les singles) de James Brown se vendent enfin, même si pour certains il commence à radoter. Mais l'homme contrôle tout: les revendications et la conscience de la communauté afro-américaine, l'analyse du climat social, le groove roi...

Chacune de ses chansons tourne autour des mêmes valeurs, qu'il assemble dans toutes les combinaisons possibles. Pourtant, à partir de 1975, le déclin du Godfather ne fait plus trop de doute. Des requins de studio comme le saxophoniste David Sanborn ou le batteur Billy Cobbham viennent à la rescousse d'un James Brown ayant épuisé toutes les formules funk possibles et imaginables. Il est surtout dépassé par ceux qui modernisent ses tables de la loi funk: George Clinton, et les superproductions de Earth Wind & Fire, Kool & the Gang et autres étoiles montantes du funk-disco relèguent progressivement le show de James Brown à l'arrière-plan. Dépassé par les délires de la galaxie P-Funk et le disco, miné par des problèmes d'argent tant avec sa maison de disques qu'avec le fisc américain, James Brown n'est quasiment plus médiatisé. Ses enregistrements n'intéressent plus personne et ses tournées ne peuvent rivaliser avec celles de groupes comme Parliament et Funkadelic, qui remplissent les stades. Commence alors une longue traversée du désert. En 1980, c'est un James Brown marqué qui fait son apparition dans le film de John Landis, The Blues Brothers. 

 

Heureusement, avec le hip-hop naissant, les jeunes générations redécouvrent le Godfather grâce aux samples entendues chez Public Enemy, Eric B. & Rakim, LL Cool J et bien d'autres rappeurs de l'époque. En 1984, James enregistre même avec le pionnier du hip-hop Afrika Bambaataa le duo "Unity". Mais il faudra attendre 1985, et le single "Living In America", enregistré pour la B.O. de Rocky IV, pour que James Brown décroche sa meilleure vente depuis "Say It Loud". Espérant surfer sur ce succès inattendu, il retourne en studio et amorce même un come-back grâce à l'album I'm Real en 1987. 

 

Unity (with Afrika Bambaataa)

 

Living In America

 

Malheureusement, la même année, le Godfather est condamné à six ans et demi de prison après une course-poursuite mouvementée avec la police. Incarcéré pour violence, possession illégale de drogue et d'arme à feu, James Brown sortira de prison en 1991. Depuis, il sillonne régulièrement le monde pour donner l'occasion à toutes les générations de voir une fois dans leur vie l'inventeur du funk en chair et en os.

 

 

James Brown décèdera le 25 décembre 2006 à Atlanta (Georgie - USA)

 

the Funky Soul story - James Brown 07


source : Le Funk, par Marc Zisman, Éditions Librio Musique , 2003


Collection


 

 

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