RICK JAMES

R.I.P.  1er février 1948 / 6 août 2004



C’est par le biais de la compagnie Motown que Rick James devient l’une des stars les plus en vue des ghettos à la fin des années 1970 en prenant la tête d’une école subversive et provocatrice, en réaction au consensus mou figuré par le disco. 

 

Berry Gordy, patron de Motown, avoue dans ses mémoires avoir été choqué par la trivialité et l’insolence des concerts de Rick James, tout en lui reconnaissant une inventivité hors norme en studio. Il oublie de préciser que Motown n’aurait sans doute pas survécu à la défection récente des Jackson 5 si Rick James n’avait pas largement contribué à maintenir le navire à flots, non seulement par le succès commercial de ses disques, mais aussi en permettant à des artistes de la vieille école comme les Temptations de conserver un pied dans l’actualité du R&B.

 

the Funky Soul story - Rick James 01

L’esprit de rébellion qui anime ce neveu de Melvin Franklin des Temptations n’est pas une invention tardive. Élevé par une mère qui consacre davantage de temps à s’occuper de loteries clandestines que de lui, James Johnson n’a pas dix ans quand il vole sa première voiture ; par la suite, il n’échappe à la prison qu’en s’engageant à quinze ans dans la Navy après avoir menti sur son âge. Comme la discipline militaire lui convient mal, il finit par déserter et s’exile au Canada au milieu des années soixante pour monter à Toronto un premier groupe folk-rock, les Mynah Birds, avec Neil Young, Bruce Palmer et Goldy McJohn – trois musiciens qui se rendront célèbre par la suite au sein de Buffalo Springfield et de Steppenwolf. L’ambition de celui qui se fait appeler Rick James Matthews étant d’enregistrer pour Motown, il emmène les Mynah Birds en 1966 à Detroit pour y enregistrer un album qui ne verra jamais le jour, l’armée étant venue lui demander des comptes suite à sa désertion.

 

En 1968, Rick James est de retour chez Motown où il écrit des chansons pour Bobby Taylor & the Vancouvers (Malinda), les Spinners et les Marvelettes, mais c’est de l’autre côté de l’Atlantique que sa carrière va se poursuivre, plus particulièrement en Angleterre où il dirige un ensemble funk fortement influencé par Sly Stone, Main Line, avec lequel il réalise un album pour MGM. De retour aux Etats-Unis, il poursuit ses explorations funk sous la bannière du label A&M d’Herb Alpert pour lequel il enregistre My Mama, mais c’est à nouveau chez Motown qu’il trouve véritablement le moyen de s’exprimer à partir de 1977, à la fois comme artiste et producteur.

 

My Mama

 

 

Le succès immédiat de You And I sur Gordy au printemps 1978 (N°1 Soul et N°13 Pop), en pleine ère disco, ouvre de nouvelles perspectives à Motown où l’on perçoit tout le potentiel du langage direct avec lequel Rick James s’exprime dans un décor funk sans concession. Dans la foulée de l’album Come Get It! d’où émerge également Mary Jane (un hymne aux bienfaits de la marijuana), les recueils Bustin’ Out of L Seven et Fire It Up en 1979 confirment la tendance avec une nouvelle suite de singles souvent provocateurs : Bustin’ OutHigh on Your Love SuitLove Gun...

 

You And I

 

Mary Jane

 

Bustin' Out

 

High on Your Love Suit

 

Love Gun

 

 

Avant les élucubrations érotico-schizophréniques de Prince, James Johnson s’évertue à donner une identité sulfureuse à donner une identité sulfureuse au personnage de Rick James, sorte de conscience asociale d’une nouvelle génération qui ne mâche pas ses mots en chantant les plaisirs du sexe et les vertus de la drogue ; de même, il ne fait guère de doute que son œuvre de chef de clan musical avec les Mary Janes Girls et le Stone City Band va influencer la démarche du Kid de Minneapolis.

 

 

La consécration des efforts de Johnson/James survient en 1981. Un an après la sortie discrète de Gardien of LoveStreet Songs est l’album de l’année dans les ghettos afro-américains où il reste en tête des meilleures ventes pendant un record de vingt semaines. Sa façon de décrire le quotidien de l’Amérique noire du début de l’ère Reagan avec des textes sans détours qui inspireront plus d’un rapper par la suite (Ghetto Lofe, Give It to Me Baby, Super Freak) bouleverse le regard de toute une nation sur sa principale minorité. Histoire de brouiller les pistes encore davantage, Rick James invite aussi bien les Temptations que la chanteuse rock Grace Slick sur cet album hors du commun qui dépasse rapidement le million d’exemplaires vendus. La tournée qui suit est à la (dé)mesure de ce disque paradoxal ; tout en faisant sur scène l’apologie de la prostitution et le procès de la police en fumant obstinément un joint géant, Rick James dévoile ses talents de chanteur de ballade à la tête de son Stone City Band, désamorçant toute accusation d’ethno-centrisme en invitant sur scène la chanteuse blanche Teena Marie dont il a produit peu auparavant plusieurs titres à la demande de Berry Gordy (I’m a Sucker for Your Love).

 

Ghetto Life

 

Give It to Me Baby

 

Super Freak

 

Teena Marie - I’m a Sucker for Your Love

 

 

Jusqu’au milieu de la décennie, rien n’arrête Rick James qui passe le plus clair de son temps en studio pour diriger les Temptations (Reunion en 1982), le groupe Process and the Doo-Rags de son ancien choriste James Hawkins (Too Sharp en 1984), les Mary Jane Girls (In My House en 1985) ou encore Eddie Murphy (Party All the Time en 1985) tout en enregistrant des duos avec Chaka Khan (Slow Dancin’ en 1982) et Smokey Robinson (Ebony Eyes en 1983).

 

Chaka Khan - Slow Dancin' (feat. Rick James)

 

Smokey Robinson - Ebony Eyes (feat. Rick James)

 

 

Pour son propre compte, Rick James donne une image de lui-même plus apaisée en 1982-83 avec les recueils Throwin’ Down (Dance Wit’ Me, Standing on the Top, Hard to Get) et surtout Cold Blooded pour lequel il crée un décor musical inédit, en rupture avec le funk de ses débuts : Cold Blooded, six semaines en tête des classements dans les ghettos en 1983, U Bring the Freak Out.

 

Dance Wit’ Me

 

Standing on the Top

 

Hard to Get

 

Cold Blooded

 

U Bring the Freak Out

 

 

A la suite de Reflections qui propose en 1984 un mélange de nouveautés (17, You Turn Me On) et d’anciens best-sellers, l’album Glow (avec Can’t Stop, la chanson du film Le Flic de Beverly Hills avec Eddie Murphy) connaît un succès appréciable l’année suivante alors que Rick James semble avoir trouvé une sérénité qui lui échappait jusque-là. La tension qui a toujours gouverné sa créativité revient en force dès 1987 lorsqu’un désaccord grandissant sur l’avenir des Mary Jane Girls le pousse à quitter Motown peu après la sortie de The Flag (Sweet and Sexy Thing). 

 

17

 

You Turn Me On

 

Can’t Stop

 

Sweet and Sexy Thing

 

 

Warner, qui vient de réactiver Reprise Records, s’empresse de lui proposer un contrat et engrange rapidement les bénéfices de ce recrutement grâce au succès de Loosey’ Rap, un duo avec la rappeuse Roxanne Shante qui donne à Rick James le quatrième N°1 de sa carrière au mois d’août 1988.

 

Loosey’ Rap

 

 

A l’heure du New Jack Swing, l’album Wonderful aurait pu donner un nouvel élan au King of Punk-Funk, mais sa carrière s’enlise, faute de promotion adéquate. Après un ultime hit en forme d’hommage aux Drifters, This Magic Moment/Dance with Me, le nom de Rick James disparaît des charts, même si MC Hammer se charge de familiariser le public hip-hop en 1990 avec une adaptation de Super Freak intitulé U Can’t Touch This.

 

This Magic Moment / Dance with Me

 

 

Rattrapé par son mode de vie pour le moins décadent, Rick James est arrêté en 1991 pour avoir abusé de plusieurs femmes sous l’emprise du crack. Rongé par la cocaïne, il échappe à la prison en passant plusieurs mois dans un centre de désintoxication mais sa carrière est derrière lui, malgré la publication sur Private en 1997 de l’album Urban Rapsody. Deux ans plus tard, alors qu’il tente de percer au cinéma (Life, aux côtés d’Eddie Murphy), une crise cardiaque durant un concert le handicap en le privant de l’usage de ses jambes. 

En 1998 il est de nouveau hospitalisé pour un accident cardiaque.

 

Rick James décède le 6 août 2004 à Los Angeles, il avait 56 ans.

 

 

> RICK JAMES <

 

 

source : Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul (éditions Fayard - 2002)

 


Discographie


1978 / Come Get It!

Rick James - 1978 / Come Get It!

01. Stone City Band Hi!

02. You and I

03. Sexy Lady

04. Dream Maker

05. Be My Lady

06. Mary Jane

07. Hollywood

08. Stone City Band


1979 / Bustin' Out Of L Seven

Rick James - 1979 / Bustin' Out Of L Seven

A1. Bustin' Out

A2. High On Your Love Suite / One Mo Hit (Of Your Love)

A3. Love Interlude

A4. Spacey Love

B1. Cop 'N' Blow

B2. Jefferson Ball

B3. Fool On The Street


1979 / Fire It Up

Rick James - 1979 / Fire It Up

A1. Fire It Up

A2. Love Gun

A3. Lovin' You Is A Pleasure

A4. Love In The Night

B1. Come Into My Life

B2. Stormy Love

B3. When Love Is Gone


1980 / Garden Of Love

Rick james - 1980 / Garden Of Love

A1. Big Time

A2. Don't Give Up On Love

A3. Island Lady

B1. Gettin' It On (In The Sunshine)

B2. Summer Love

B3. Mary -Go- Round

B4. Gettin' It On (In The Sunshine) Reprise

 


1981 / Street Songs

Rick James - 1981 / Street Songs

A1. Give It To Me Baby

A2. Ghetto Life

A3. Make Love To Me

A4. Mr. Policeman

B1. Super Freak

B2. Fire And Desire

B3. Call Me Up

B4. Below The Funk (Pass The J)


1982 / Throwin' Down

Rick James - 1982 / Throwin' Down

A1. Dance Wit' Me

A2. Money Talks

A3. Teardrops

A4. Throwdown

B1. Standing On The Top

B2. Hard To Get

B3. Happy

B4. 69 Times

B5. My Love


1983 / Cold Blooded

Rick James - 1983 / Cold Blooded

A1. U Bring The Freak Out

A2. Cold Blooded

A3. Ebony Eyes (feat. Smokey Robinson)

A4. 1, 2, 3 (U, Her And Me)

B1. Doin' It

B2. New York Town

B3. P.I.M.P. The S.I.M.P. (feat. Grandmaster Flash)

B4. Tell Me (What You Want)

B5. Unity


1984 / Reflections

Rick James - 1984 / Reflections

A1. 17

A2. Oh What A Night (4 Luv)

A3. You Turn Me On

A4. Fire And Desire

B1. Bustin' Out

B2. You And I

B3. Mary Jane

B4. Dance Wit' Me

B5. Give It To Me Baby

B6. Super Freak


1985 / Glow

Rick James - 1985 / Glow

A1. Can't Stop

A2. Spend The Night With Me

A3. Melody Make Me Dance

A4. Somebody (The Girl's Got)

B1. Glow

B2. Moon Child

B3. Sha La La La La (Come Back Home)

B4. Rock And Roll Control

B5. Glow (Reprise)


1986 / The Flag

Rick James - 1986 / The Flag

A1. Freak Flag (Intro)

A2. Forever And A Day

A3. Sweet And Sexy Thing

A4. Free To Be Me

A5. Save It For Me

A6. Freak Flag (Cue)

B1. R U Experienced

B2. Funk In America / Silly Little Man

B3. Slow And Easy (Interlude)

B4. Slow And Easy

B5. Rick's Raga

B6. Painted Pictures

B7. Freak Flag (Reprise)


1988 / Wonderful

Rick James - 1988 / Wonderful

A1. Wonderful

A2. Judy

A3. Loosey's Rap (feat. Roxanne Shanté)

A4. So Tight 

A5. Sexual Luv Affair

B1. Love's Fire

B2. I Believe In U

B3. In The Girls' Room

B4. Hypnotize

B5. Sherry Baby


1997 / Urban Rapsody

Rick James - 1997 / Urban Rapsody

01. Urban Rapsody

02. West Coast Thang

03. Somebody's Watching You

04. Back in You Again

05. Turn It Out

06. Good Ol Days

07. Player's Way

08. Never Say You Love Me

09. It's Time

10. So Soft So Wet

11. Bring on the Love

12. Mama's Eyes

13. Soul Sista

14. Favorite Flava

15. Urban Rapsody (Reprise)


2007 / Deeper Still (album posthum)

Rick James - 2007 / Deeper Still (album posthum)

01. Deeper Still

02. Guinnevere

03. Stop It

04. Taste

05. Stroke

06. Do You Wanna Play

07. Not Alone

08. Sapphire

09. Maybe

10. Secrets

11. Funk Wit Me


the Funky Soul story - Playlist de l'émission The Black Sunday Live #06 avec Rick James